• Eloges sur un auteur de génie : Jonathan Tropper

    Jonathan Tropper

    Eloges sur un auteur de génie : Jonathan Tropper

     

      Pour débuter ce tout nouveau blog, je voudrais vous parler d’un écrivain qui me touche énormément et dont j’ai lu trois livres (sur les cinq qu’il a écrit et les quatre disponibles en France). Cet écrivain exceptionnel en question n’est autre que Jonathan Tropper, né en 1970 à Riverdale (dans l’état de New York).
      Je ne vous ferai pas de biographie ici, déjà parce qu’il n’y a pas beaucoup d’informations sur lui disponibles sur la toile, ou alors, celles-ci sont en anglais et je suis nulle en anglais, et ensuite parce que les écrivains ne sont pas des stars du showbiz et méritent plus qu’on s’attache à leur talent qu’à leur vie personnelle (mais ça, c’est un autre sujet dont je reparlerai sûrement).



                  Alors, qu’a fait Jonathan Tropper ?

    Nouvelles

      Dans l’ordre, on retrouve (les liens redirigent vers mes avis sur mon ancien blog) :
        - Plan B (2000) qui apparemment n’est plus édité parce que l’auteur n’aime plus son écriture sur ce roman.
        - Le Livre de Joe (2004)
        - Tout peut arriver (2005)
        - Perte et Fracas (2007)
        - C’est ici que l’on se quitte (2009)

      Pour ma part, j’ai lu, dans l’ordre, Le Livre de Joe, Tout peut arriver et Perte et Fracas. Je possède d’ores et déjà C’est ici que l’on se quitte dans ma PAL, mais comme je suis dans ma période « littérature jeunesse », je ne pense pas le lire dans les prochaines semaines.
       
    couvertures  En repensant à ces différentes lectures, je peux vous assurer que vous ne ressortez pas indemnes d’un roman de Jonathan Tropper. Bien au contraire, il a une écriture vive, forte et il décrit avec une facilité déconcertante plusieurs types de vies douloureuses ou compliquées. Cependant, il existe plusieurs points communs entre les différents romans dont je parlerai ici : premièrement, ces personnages ont tous un certains talents dans le sarcasme et l’ironie, on retrouve beaucoup d’autodérision, de critiques et d’images bien gracieuses (telle que la pitié ressemblant à une flatulence, dans Perte et Fracas) ; deuxièmement, les personnages de Tropper sont tous des héros, les femmes sont aussi présentes, mais le narrateur est à coup sûr un homme, souvent trentenaire ou presque, qui raconte un moment de sa vie où tout semble s’écrouler autour de lui ; troisièmement, la société environnant le personnage en prend toujours pour son grade, peu importe le milieu, elle prend très très cher ! ; et quatrièmement, la famille du narrateur est souvent bizarre, brisée, et explose en même temps que le héros avance et cherche des solutions à ces différents problèmes.
      Si tout ces points communs existent, ils sont malgré tout traités d’une façon totalement différente. Pour moi, le cas le plus singulier se trouve dans Tout peut arriver, j’ai trouvé ce roman moins mordant et plus dramatique que les autres. Le héros, Zach, est beaucoup plus passif que ne vont l’être Joe ou Doug dans Le Livre de Joe et Perte et Fracas. Zach est pourtant plus âgé que les deux autres, peut-être cela signifie-t-il qu’on se calme avec le temps, mais je ne suis pas sûre que ce soit la réponse. A mon avis, c’est surtout la situation de Zach qui fait de lui quelqu’un de bancal, assez inquiet et réfléchi. Abandonné par son père, il lui manque forcément quelque chose, il a dû se construire seul, et cette présence masculine en moins retire beaucoup à un être humain…
      A côté, Joe et Doug, même s’ils sont confrontés à des événements forts, ils restent très virulents, et j’ai trouvé qu’ils se ressemblaient beaucoup. Même si Doug est, pour moi, beaucoup plus accompli, étant donné que sa quête est longue et houleuse.
      Cela ma rappelle d’ailleurs un autre point commun à ces trois livres : la fin n’est jamais une fin en soit. Comme lorsqu’on traverse un épisode de sa vie, plusieurs chemins s’ouvrent pour les personnages, mais il n’y a jamais de solutions ou de remèdes miracles. On les voit juste tourner une page pour en commencer une nouvelle. Que ce soit pour Joe, Zach ou Doug, on peut se permettre d’imaginer une suite en leur souhaitant juste le meilleur.
     
    couvertures  Le rapport aux émotions est aussi magnifique dans ces trois romans. On passe du rire aux larmes, on ressent toujours quelque chose à travers ces différentes lectures. Les vies qui sont décrites peuvent être celles de monsieur tout-le-monde et ça donne encore plus de valeur à l’écriture.
      J’ai pleuré sur les trois romans, j’ai également ri, tout comme je me suis énervée. Mais ce qui est intéressant, c’est que jamais l’ennui ne s’est manifesté. Bien au contraire, on arrive à se passionner d’une histoire qui ne fait que raconter la vie, non pas avec des descriptions bourrées d’éléments géographiques, mais avec des mots qui viennent du cœur, qui peuvent être ceux de n’importe qui mais que personne ne parvient réellement à expliquer par le biais d’images suffisamment fortes. Or, Tropper y arrive, il met des métaphores là où on ne penserait pas à en mettre. Il donne du dynamisme aux choses immuables et son talent s’étale aussi sur les événements tragiques des romans. Il sait explorer la douleur sans entrer dans le pathétique, ni dans le malsain. Il ne va jamais trop loin, alors que pourtant, il se montre souvent hostile. Rien que dans Perte et Fracas, l’avancée de Doug dans le deuil de sa femme est longue, difficile, et blindée de dénonciations du genre humain. Et ça, à mes yeux, c’est la marque de fabrique des livres de Jonathan Tropper. Il défend ou détruit les caractères qui tournent autour de ses héros, et ces caractères sont simplement le reflet des gens en général. Nous sommes tous une part d'entre eux, tout comme nous sommes tous un peu Joe, Zach ou Doug.

      Il existe encore une chose qui est extrêmement présente dans les livres de Tropper : l'argent possède une place toute aussi grande que n'importe quel personnage. Dans Le Livre de Joe, Joe a écrit un best-seller, il est donc devenu riche ; dans Tout peut arriver, c'est le meilleur ami de Zach qui est fortuné, il a gagné une somme d'argent exorbitante ; et dans Perte et Fracas, Doug et Russ deviennent riches en touchant l'argent de l'assurance dû à l'accident d'Hailey.
      Ce rapport à l'argent m'a souvent interloqué dans les romans. Pourquoi faut-il toujours que les héros évoluent avec cet atout financier ? Et la réponse s'est imposée, tellement évidente : parce que cela démontre que quoi qu'on y fasse, l'argent ne fabrique pas le bonheur et que même si le matériel suit, et bien, ça n'empêche pas de souffrir longuement à l'intérieur et de se sentir misérable. De plus, cela permet à l'écrivain de s'attaquer à un niveau social particulier, surtout que ses personnages sont souvent des arrivistes, et donc, ils peuvent faire la différence entre une vie simple et une vie où les richesses poussent comme des fleurs.

     Nouvelles Je ne sais pas si je me fais vraiment bien comprendre. Je ne tari pas d’éloges au sujet de cet écrivain, mais c’est surtout parce qu’il les mérite. Tout comme il mérite une attention plus intense sur ses romans, qu’ils soient vus dans un ensemble ou séparément. Mais comme je n’ai pas encore lu tous ses livres, je ne possède sûrement pas un panel suffisamment large pour approfondir ce sujet.
      La seule chose que je pourrais vous conseiller pour l’heure, ce serait de découvrir, ou redécouvrir Jonathan Tropper. Il est une bombe émotionnelle dans son style. C’est un écrivain actuel qui mérite qu’on s’arrête sur lui.

      Au niveau des actualités le concernant, Tout peut arriver serait adapté au cinéma avec Tobey Maguire dans le rôle de Zach. Des rumeurs concernent aussi Le Livre de Joe (dont le scénario serait écrit par Jonathan Tropper lui-même) et C’est ici que l’on se quitte. Cependant, je n’ai pas trouvé d’informations sérieuses là-dessus, mais je croise les doigts pour voir au moins une adaptation de ses romans ! Ce serait formidable !

     

     

     

    Précédentes couvertures de ses romans chez 10/18 :

     

    couvertures

     

    Quelques extraits :

     

    "Malgré les maisons bien tenues, les gazons impeccables, il émane de cette obsession quotidienne de netteté un désespoir latent, comme si aujourd'hui plus que jamais, ces demeures briquées avec soin n'etaient que de simples façades dissimulant des dommages cachés irréparables." [Le Livre de Joe]

    "On se remplit soi-même. On se sent si plein qu'on explose de tous les côtés. Et puis on se lance dans le vaste monde, et les gens vous vident, petit à petit, comme on dégonfle une baudruche." [Le Livre de Joe]

    "Voilà ce qui arrive. Un beau matin, vous vous mettez à pisser du sang et cet incident vous fait prendre conscience que, peut être,le déroulement de votre existence est en train de vous échapper et que, du haut de vos trente deux ans, si vous voulez y changer quelque chose, mieux vaut vous y mettre tout de suite. Alors c'est le branle bas de combat, la grande révolution. Un peu comme si vous preniez un virage à quatre vingt dix degrés en hors-bord. Sauf que le bateau se renverse et que vous prenez subitement le bouillon dans une eau glaciale, surnageant tant bien que mal, hébété. Et de quelque côté que vous portiez votre regard désespéré, il n'y a absolument aucun signe de terre à l'horizon, et, c'est étrange d'ailleurs, car vous ne pensiez pas avoir dérivé si loin vers le large." [Tout peut arriver]

    "S'il y a bien une chose que j'ai apprise, c'est que la pitié est comme une flatulence. On tolère la sienne, mais on ne supporte pas celle des autres." [Perte et Fracas]

    "C'est la vie, voilà tout. Il n'y a pas de happy end comme au cinéma. Seulement des jours, des moments heureux. La seule fin véritable est la mort et, crois-moi, personne ne meurt heureux. Et le prix à payer, quand on ne meurt pas, c'est que tout change constamment, et la seule certitude sur laquelle on peut s'appuyer est qu'on ne peut s'appuyer sur aucune certitude." [Perte et Fracas]

     

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